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Sylvie Lopez-Jacob

Exercices philosophiques

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Revue

L’éthique martiale : un remède à la souffrance des soignants ?

11 décembre 2020

Si l’on s’en tient à l’étymologie qui traduit martial par militaire, l’éthique martiale désigne le code d’honneur qui s’applique en temps de guerre aux armées. La loyauté, le courage, l’engagement s’y inscrivent en vertus cardinales. Dans le combat, ainsi promu au rang d’art, tous les coups ne sont pas permis.

Mais, au Japon, l’éthique martiale prend un sens radicalement différent qui suit l’évolution des arts martiaux dont elle relève. Après la seconde guerre mondiale, la voie martiale est devenue pacifique. Elle n’est plus l’art de gagner la guerre mais l’art de l’éviter. Pour résoudre les conflits, il n’est pas besoin de convoquer des techniques qui permettent d’en triompher, si l’on restaure, en amont, l’harmonie qui les désamorce. La paix n’est pas l’issue du combat, mais l’état initial qui le rend inutile et inopérant.

Comment trouver la paix ? André Cognard évoque l’enseignement de son maître : la paix est impossible, et les discours impuissants, tant que l’ennemi n’est pas vaincu. Mais, pour Kobayashi sensei, l’ennemi n’est pas celui que nous combattons, mais ce qui fait que nous combattons [1]. Le conflit n’a pas lieu d’être si l’on supprime ses raisons d’être.

Quelle est la portée de cette éthique dans un milieu d’ores et déjà transformé en champ de bataille ? Lorsqu’on entend les soignants témoigner des pressions qu’ils subissent et des tensions qui compliquent leur mission, l’on comprend qu’ils aspirent à la paix. Mais peuvent-ils trouver en eux-mêmes le remède à la violence dont ils sont victimes ? En un mot, vaut-il mieux se changer soi-même ou changer l’institution en prenant les mesures qui s’imposent ? Si l’éthique martiale tranche dans ce débat, ce n’est pas en s’offrant comme une alternative au discours politique. C’est en se démarquant de lui. L’éthique n’a pas la charge de guérir l’institution, mais de veiller à ce que l’individu ne tombe pas malade à son tour.

De quels moyens dispose-t-elle pour venir en aide ? La politique a ses réformes, et la morale, ses règles a priori. L’éthique martiale repose, quant à elle, seulement sur une pratique qui engage corporellement l’individu. La pratique n’est pas une technique par laquelle garantir l’efficacité du résultat. Elle ne délivre pas les recettes du lien harmonieux. Par contre, elle permet, par le travail postural qu’elle implique, d’avoir une conscience claire de son identité, ce qui évite de « laisser l’autre mobiliser notre énergie à cause de l’indétermination corporelle » [2], comme c’est le cas lors d’un conflit.

Doit-on alors s’engager dans une pratique pour comprendre le sens martial de l’éthique ? Au Japon, la pratique martiale est un art dont les autres arts s’inspirent. L’acteur, le peintre, le calligraphe trouvent dans la concentration martiale la source d’un geste simple et fulgurant.

Le cinéma peut avoir cette puissance. Dans le film Après la pluie, réalisé par Takashi Koizumi, en 1998, l’année de la mort d’Akira Kurosawa, et selon le dernier scénario écrit par celui-ci, un personnage est mis en scène, celui d’un samurai errant dont la conduite éthique est exemplaire. L’image a un pouvoir de représentation qui facilite la réflexion. Mais l’image a aussi une puissance lorsqu’elle nous fait toucher des yeux les ressorts de l’action. Alors trouve-t-on en elle ce qu’on n’attendait pas : l’expérience d’une concentration bénéfique.

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Barberousse, l’éthique du soin au cinéma

15 mars 2019

Quand on regarde un film, que faut-il en attendre, ou, du moins, que nous est-il permis d’espérer ?
Il n’est pas question de faire ici la liste des différents motifs qui animent le spectateur de cinéma. Tenons-nous-en à un seul, souvent mis en avant par le système éducatif : un film peut stimuler notre réflexion et en rendre plus accessible le contenu.

Peut-être est-ce la raison qui nous conduit à évoquer Barberousse dès que l’on s’interroge sur la médecine et son éthique.

Ce film, réalisé en 1965 par Akira Kurosawa, met en jeu des scènes emblématiques de cette pratique (visite aux malades, diagnostic, écoute, soin, accompagnement du mourant), il met en scène ses personnages (les malades, les médecins, le personnel soignant), il construit ses relations (les résistances, les divergences, la transmission). Dans cette représentation qu’est alors le film, tous les enjeux de la pratique sont abordés : ses objectifs (la guérison), ses difficultés (les limites du soignant et les peurs du soigné), et ses valeurs (comment soigner sans prendre en charge, comment aider sans assujettir).

Dès lors, il serait simple et tentant de faire de Barberousse un film sur la médecine, dans lequel venir puiser des informations, des conduites exemplaires, des discours édifiants. Le film donnerait à voir et à penser un monde, familier pour les uns, singulier pour les autres, offrant ainsi le plaisir de la connivence ou celui de la découverte.

Or, c’est là une approche immédiate qui mérite d’être corrigée. Faire de Barberousse un film sur la médecine, c’est se méprendre à la fois sur le film et sur son objet.

Si le nom du médecin donne au film, et au roman éponyme de Yamamoto Shûgorô, leur titre français, ce n’est pas la médecine qui en résume le propos. Le soin admet un cadre qui outrepasse les limites de sa seule action. Ainsi, la visite de l’hospice, dans la première séquence, aborde les questions d’hygiène. Les nattes de paille sont préférées aux tatamis, trop humides, les tenues blanches dont la propreté est visible aux vêtements plus douteux. Offrir une nourriture soignée, mais sans artifice (évitons le riz blanc qui raccourcit la vie dit Barberousse), est au centre de l’attention portée aux malades. Le climat joue son rôle et les chambres sont placées au sud pour un ensoleillement bénéfique. Dans l’assistance aux patients, chacun a sa place et l’information circule comme ces seaux que les employés alignés déplacent, pour laver le sol ou réchauffer les bains.

Le soin est donc mis en scène sous toutes ses formes. Mais qu’entend-on par « mis en scène » ? C’est la réponse à cette question qui permet de savoir ce que l’on peut attendre d’un film. Si un film vaut le détour, est-ce seulement parce qu’il transpose dans un univers fictionnel une réalité vécue dont il facilite ainsi la compréhension ?

Dans une oeuvre comme Barberousse, la transposition peut éclairer le rôle du film, mais elle ne saurait en épuiser la force ni en contenir la portée.

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Les images-phénomènes dans Barberousse, de Kurosawa Akira

6 décembre 2017

La pensée chinoise, souligne François Jullien, «ne sépare jamais entièrement le fait d’advenir (comme phénomène) de celui de reproduire (comme image)». Ainsi, la peinture chinoise délaisse les formes pour les formations, qui sont ces «modifications sans fin auxquelles sont en proie la montagne et l’eau». Elle peint la transition, l’émergence, le passage «entre il y a-il n’y a pas». L’image picturale n’est plus une trace mais un tracé, elle n’est plus la manière dont une réalité se reflète et se fixe, «réifiée dans une forme », mais l’élan par lequel elle se constitue et advient. L’image devient « image-phénomène » et François Jullien traduit par ce terme un terme chinois qui « suffit à couper court à une conception mimétique de l’image ».
Si l’image-phénomène rend compte d’une peinture qui puise dans le souffle-énergie sa puissance, peut-on étendre celle-ci et l’emploi du mot qui la nomme au cinéma ?
Certains, comme Pierre-Yves Bourdil, assure que « le cinéma ne se débarrasse jamais des images ». Avec elle, la représentation reste en jeu qui interroge le film sur son adéquation au réel, pour la revendiquer ou s’en défendre. La recherche de la vérité a ainsi sa méthode, et son antidote. Le réalisme a, chez Bazin, ses précautions d’usage et la modernité encourage l’image au repli. L’image n’a plus besoin d’être juste, si elle est juste une image, et le film se désintéresse de la vérité en même temps qu’il se détourne de la représentation. Dès lors, le cinéma échappe-t-il à l’image-phénomène, en restant tout au plus image de phénomènes par les mouvements qu’il sait capter, ou s’échappe-t-il, grâce à elle, du cadre où analystes et théoriciens l’enferment ? 

Voyage au Japon

6 juillet 2017

C’est l’histoire d’un voyage fabuleux, qui traverse les lieux où naissent les histoires. L’on y rencontre des personnages dont la vie réelle est devenue légende et des personnages de légende qui trouvent dans le réel leurs emblèmes. Les lieux dits ont les éléments naturels pour entrée en matière, et la mémoire l’expérience pour point d’ancrage.
Troisième jour. Notre équipée, lancée sur les traces de Kukai, a quitté Koya. Notre parcours refait le chemin dans l’ordre où lui-même l’a parcouru, de la mort à la naissance. Dans le cimetière tout proche, Kukai veille et les pèlerins veillent sur Kukai. Vêtus de blanc, ils psalmodient devant le pavillon en bois pâle dont la porte donne, on le devine, sur Kukai, en méditation depuis mille deux cents ans. Il est invisible et présent avec force dans l’odeur forte de l’encens. A-t-il les cheveux longs ou fraichement coupés, la barbe taillée ou hirsute ? On imagine sa vitalité, dans une logique nouvelle qui s’accommode sans peine de l’invraisemblance. Le matin, au temple Kongobuji, des fusama d’une incroyable beauté ont retracé sa vie. Sur l’un, des paysans sont au travail dans les rizières, sur un autre, des bateaux chargés d’hommes emportent Kukai en Chine. Le trait est net, et seule l’encre posée par touches donne figure aux personnages. Ici, un chien blanc et un chien noir, au premier plan dans le paysage vallonné, attendent Kukai pour le guider, comme le veut la légende, jusqu’à Koya où il fondera le premier temple du bouddhisme Shingon. Là, sur un panneau de bois sombre, la neige sur la branche de cerisier est plus aveuglante que la neige de montage. L’avant-veille, dans un temple d’Osaka, le Shitennô-ji, le cinéma s’invite, un instant, près d’un puits autour duquel, penchés, en cercle sur la margelle, nous crions le nom de Chobo. Au fond, des pièces de monnaie miroitent avec, en arrière fond, le reflet d’un dragon peint au dessus, pour ouvrir une autre profondeur.

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S’il existe une ville invisible dans la ville, c’est celle des sons et des odeurs. A Osaka, l’odeur d’encens, récurrente d’un temple à l’autre, et subtile, moins écoeurante qu’à Bali, mais aussi essentielle, se mêle aux sons des feux rouges, des cloches et des piécettes jetées à la volée aux autels. Dans la ville visible, des maisons d’un autre âge côtoient des immeubles modernes et métalliques, et seul les relie le réseau compliqué des fils électriques. L’architecture de la ville n’a d’égale que celle des repas. Dans le temple de Koya, il est servi sur trois plateaux, dont l’un, plus élevé, est destiné au convive, tandis que les deux autres invitent symboliquement les ancêtres dont on supporte d’autant plus aisément la présence qu’elle est ainsi accueillie. Des bols reçoivent la nourriture, dentelés, en faïence verte, ou ronds et ornés de fleurs de pruniers, en bois verni ou veiné, rectangulaires, en ellipse, ou pétaliformes. Dans ces ustensiles, agencés pour décrire une parcours précis, s’ordonne une nourriture ovale ou cubique, diaphane, marbrée, orangée ou gris pâle, algues ou anguilles, thon rouge ou lotte, tofu spongieux dégorgeant son eau dans la bouche, légumes frémissants dans l’eau de la marmite, tempura laissant transparaitre la couleur verte de la courgette, le rosée de la crevette ou la pâleur de la patate douce. L’architecture est là, dans ce repas livré d’emblée ou par étapes et qui contente sans jamais rassasier. A Koya, Hotei, la divinité du bonheur, nous a invité à sa table. Le regard pointu, les oreilles décollées, le sourire d’une bienveillance infinie, le moine du temple assiste au repas, offre à boire, prend la pose pour la photographie, plie sous l’ivresse. Ses facéties déchainent les rires, mais son discours, inintelligible et si compréhensible, nous touche, pour longtemps.
Deuxième jour. Nous empruntons la route du pèlerinage de Koya à Kumano. Après le bain brûlant, la nuit au temple sans trouver le sommeil, les trois notes de l’uguisu, les mêmes exactement que dans Barberousse, nous ont fait lever de bonne heure pour assister à la cérémonie. Pour y participer plutôt car, dans ce voyage, le faire préside au voir, l’action crée l’impression qui conserve l’image et respecte l’identité du lieu. La cérémonie est un rituel qu’il faut saisir par la pratique : quitter le seiza, s’y replacer, saluer les mains jointes, levées bien haut, prélever dans un récipient une pincée de sésame pour la semer dans un autre parmi les bâtons d’encens fumant et parfumés, saluer à nouveau, se relever pour revenir à sa place à reculons, sous le roulis des voix rocailleuses qui psalmodient. Sur la route vers Kumano, le temps est idéal : pluie en rafale comme dans un film de Kurosawa, nappes de brumes au flanc des montagnes qui se changent en brouillard épais. L’on perçoit alors de quel élément l’imaginaire se nourrit. Les feuillages sont assez denses pour dissimuler les moines guerriers, et, sous la brume, des armées entières sont en marche. Les troncs sont droits et aussi effilés que les lances. Sur la montagne immuable pousse une forêt traversée de brouillard et changeante, transformée par endroit en champ de troncs coupés, en vrac après le dernier typhon. Entre les montagnes, la rivière a changé son cours, et surnagent des débris végétaux qui la recouvrent en partie. La cascade de Nachi se voit de loin. Elle part de haut et retient seule la lumière. Sous une pluie de cinéma, torrentielle, on aperçoit le temple shintô, orangé et visible. Mais le vrai temple est le vieil arbre dont le tronc creux laisse passer deux ou trois personnes à la fois. On y descend par un escalier. En arrivant à Kumano, l’on reconnaît le temple à son emblème, un phoenix dessiné sur les kakemono, ou peut-être un corbeau, qui donne au Tengu sa figure provisoire. Ici, le visible et l’invisible se côtoient et le brouillard donne au lieu son secret. Au Japon, il faut deux heures au plus pour changer totalement de paysage, et nous quittons la brume des montagnes pour un bord de mer plus calme mais tout aussi pluvieux.
Troisième jour : changement d’Ile. Nous laissons Honshu pour Shikoku, lieu de naissance de Kukai. Le temps a changé aussi vite que le paysage et il fait grand bleu. La route longe un bord de mer parsemé de rocailles jusqu’à Takamatsu où la soirée sera festive, agrémentée de bières et de sushis au maquereau, énormes.
Quatrième jour. Dans le ryokan où nous passons la nuit. En contrebas, la mer se fracasse contre un petit amas de rochers. Nous sommes à la pointe sud de Shikoku, au cap Ashizuri. Comme d’habitude, finirait-on par écrire, les paysages se sont succédés ou plutôt substituer l’un à l’autre à une vitesse prodigieuse. Les montagnes couvertes de forêts ont disparu d’un coup, laissant place à la côte rocheuse, puis aux rizières, puis aux arbres d’agrumes, portant citron, pamplemousse, mandarine, ou plutôt yuzu, mikan, butan, zabon.. Et de nouveau, la côte. Avant le temple Kongôfukuji, le trente huitième du pèlerinage, nous nous rendons au Zentsuji, construit par Kukai sur son lieu de naissance. Le temple est composé de trois édifices. Entre les deux derniers, se dresse la statue de Kukai cerné de quatre vingt huit divinités. Ici, une nouvelle expérience nous attend qui met fin à la visite. La vision s’éclipse, inconsistante devant l’action qui inscrit dans le corps le lieu et son souvenir. Dans le dernier bâtiment, une ouverture est ménagée à laquelle conduit la déclinaison du sol. Depuis l’entrée rien n’est visible. Il faut, nous dit le Maître, marcher lentement et sans arrêt en gardant la main gauche au contact de la paroi. Trois japonais forment un petit groupe bruyant et inquiet que chacun de nous tentera d’éviter avec plus ou moins de réussite. Une fois la descente amorcée, l’obscurité devient très rapidement complète. La paroi est fraiche et lisse sous la main, ondulante, avec de brusques bifurcations. Dans le noir total les battements du cœur s’accélèrent. Pendant la traversée qui ne connaît de répit que dans une petite chapelle éclairée et parfumée d’encens où l’on fait sonner une cloche qui résonne longtemps, avant que la progression ne reprenne, aucune pensée ne vient. La vie psychique a disparu avec les sensations et seul le sentiment d’exister subsiste autant que persiste le toucher de la paroi. Dans ce sous-sol vers lequel l’on s’enfonce et duquel on ressort, frigorifié, nous sommes passés par la mort puis la naissance. Il faudra la chaleur du soleil et les gâteaux aux crevettes, aux épices et à la patate douce pour reprendre ses esprits. Ce voyage, singulier, a laissé en souvenir la sensation de la paroi ondulante sous la main, celle du froid de mort et celle, enfin, de la chaleur solaire, vécue comme pour la première fois. En fin d’après midi, la visite du Kongôfukuji est une nouvelle expérience, qui enrichit d’autant la mémoire. Elle commence par des gestes, toujours les mêmes : à l’entrée, remplir l’écuelle en métal de l’eau qui sort de la source, la faire couler sur les mains, dans la bouche, sur le manche qui a servi au rituel et la reposer lentement. Après un salut sous le Tori, la visite peut commencer car les sens ont été mis en éveil. A droite s’alignent les boutiques de charmes et d’encens, et les calligraphes qui remplissent à la demande les carnets des pèlerins d’une écriture plus ou moins fine et déliée. De l’autre côté, un petit lac est cerné de rochers. Le croassement des grenouilles, les trois notes de l’uguisu, les tintements de la cloche shintô et les chants des pèlerins donnent à l’endroit un climat infiniment paisible. Derrière le temple, si l’on en fait le tour, des statues de bouddhas, de déesses Kanon, de Fudomyo couronnés de flammes, sont alignées sur plusieurs étages. La lumière de cette heure, douce et mordorée, rend le bois lisse. Les statues sont graves et compassées, moins expressives que celles du temple précédent rassemblant des moines en pierre goguenards, grimaçant ou perplexes, comme une galerie de personnages que nous faisons dialoguer à l’envie. Après conciliabule, un moine accorde à notre petit groupe l’entrée du temple. Nous sommes tout près des trois statues qui habitent au fond de l’autel, une Kanon encadrée par Fudomyo et Bichamonten. Le moine guide notre visite : la Kanon, dorée, est asexuée, jeune femme ou jeune homme selon la distance, le Fudomyo a la corpulence d’un homme de vingt ans, proportionné, de stature humaine, réalisé par assemblage. La statue de Bichamonten, protecteur des arts martiaux, varie selon le point de vue. Fudomyo porte la lance et la corde, mais, plus que tout, des yeux frappants: la prunelle est mordorée, le blanc de l’œil luisant, tellement vivants que c’est leur fixité qui paraît irréelle. Son corps est sombre et bleuté. Dehors, le soleil décline et donne aux Kanon un aspect velouté et au bouddha de la médecine qui s’offre aux caresses des passants, un teint de miel. Ce lieu n’est pas fait pour être quitté et il faut partir à regret. Au ryokan, les tatamis en paille sont parfumés et le thé macha mousseux. Le repas est somptueux : sushis disposés en éventails, plateau de coquillages, crevettes et langoustes. Et toujours des bols, en faïence ou en céramique, aux couleurs vives et fleuries ou mats, bosselés, accueillent la nourriture comme une offrande. Sur certains, des couvercles préservent le mystère et délivrent, quand on les soulève, des fumets iodés ou épicés. La soupe, servie en dernier, avant les fruits taillés comme des arbres, est limpide comme un lac. Quelques herbes y surnagent, qui ont plus de saveurs que des brassées.
Vendredi. Les pèlerins vêtus de blanc, gantés et coiffés d’un chapeau conique comme celui des paysans des rizières, sont venus de bonne heure au temple. Un chemin de forêt nous conduit au cap, un canyon constitué de roches feuilletées et ouvert largement sur le Pacifique. Depuis le promontoire sur lequel est élevé un petit temple shinto qui abrite une divinité de la mer couverte de colliers de perles, le point de vue est imprenable. A présent, notre groupe s’engage sur un chemin côtier, dans l’odeur forte du chèvrefeuille. D’un seul coup, c’est l’été. Sur la plage de galets, la grande arche laisse passer les vagues.
Lendemain. Lever cinq heure. Les voitures foncent au milieu des rizières, dans la lumière matinale. Sur les collines, les azalées, taillés en boule, sont en fleurs, rouges et orangées. Un ferry nous transporte sur l’Ile de Kyushu, pour notre rendez-vous avec Amaterasu, déesse solaire du Shintoisme. La végétation a changé et les pins vert sombre se mêlent à des feuillages plus tendres. Les carpes en tissu multicolore flottent au vent parmi les azalées pour annoncer la fête des garçons. Arrivés tôt au ryokan, nous prenons par petits groupes le temps d’une promenade au village. Visiblement notre présence intrigue et les enfants viennent en vélo regarder de plus près nos visages. Des vieilles dames nous saluent. Au port, un pécheur nous offre des sashimis qu’il prélève sous nos yeux dans les filets de poissons justes levés, et dont la chair, fraiche et fondante, est dégustée avec respect.
Dimanche. Il pleut. Les montagnes à nouveau sont noyées dans la brume, et dans les fumées d’un volcan toujours actif. Contrairement aux montagnes de Koya, ici, les cimes sont trop éloignées, et les distances trop grandes pour qu’on les imagine traversées d’hommes en marche. Des rizières en étages et des plantations d’arbres à thé devancent l’arrivée sur le site de la grotte. Trois édifices sont disposés autour d’une place rectangulaire. Dans chacun, derrière la corde tressée, un miroir rond et vert de gris s’expose comme une relique que chacun salue. La déesse du récit a laissé dans le monde l’un de ses attributs, comme un gage d’existence. Pourtant, un phénomène optique étrange se produit : si l’on photographie le miroir, on obtient l’image d’un soleil, d’une lumière rayonnante qui s’échappe de l’autel. Le miroir est à double face, consistant et inconsistant. Il donne sa réalité au récit et perd celle-ci à son contact. Pour parvenir à la grotte, il faut remonter le cours d’une rivière en cascade au milieu d’une forêt. La pluie donne au lieu des senteurs capiteuses de sous-bois et des reflets mouillés aux petits monticules de pierres qui, par centaines, tapissent le lit de la rivière et le fond de la grotte, concave et lisse comme un ventre. En remontant ainsi la gorge humide jusqu’à ce lieu, peut-on imaginer d’autre récit que celui de la procréation du monde ? Une fois encore, l’on comprend que l’imaginaire a besoin d’ancrage, et qu’il trouve dans les lieux naturels la matière de ses songes. La grotte est un lieu féminin d’où émanent des figures féminines, qu’elles se nomment Marie, Amaterasu, ou Kanon. Miamoto Musashi en a la vision, dans la grotte où l’on dit qu’il reste cinq ans à méditer. Le site invite au recueillement. Le sentier longe un monticule recouvert de statues de bouddhas aux poses expressives, mais aux traits souvent effacés ou recouverts de mousse. Certaines silhouettes affleurent à peine de la roche dans laquelle elles sont taillées. La grotte est plus petite, au milieu des troncs d’arbre dressés comme des lances. Dans ce temple du bouddhisme zen du treizième siècle, la réalité inspire le récit. L’histoire de Musashi, devenue légendaire, trouve ici son berceau. Et le récit fabrique la réalité en retour, et l’on raconte les luttes et les victoires, celle de Musashi, l’autodidacte, sur Sasaki Kojiro le noble, et le récit des nobles qui remanient à leur convenance l’issu du combat. Les récits inspirent les récits, celui d’une autre victoire et de la stratégie de Takeda Shingen pour l’obtenir. La journée s’achève par un repas délicat et apaisé, aux noms chantants comme citronnelle, anguilles, cigales de mer. Les déplacements feutrés des serveuses ajoutent à ce moment une grâce singulière.
Lundi. Le voyage véritable est celui qui transforme le voyageur, par l’expérience de l’altérité sans laquelle le même reste inchangé. Notre voyage est constitué d’expériences qui nous transforment. La vie du groupe, ses éclats de rire et ses maladresses, les repas partagés avec contenance et gravité en font parti. La pluie est ce jour là de plus en plus abondante et le brouillard plus épais. Le passage du détroit nous ramène sur l’ile de Honshu. Un pont en pierre, le plus vieux du Japon, nous mène sur le lieu de naissance de Sasaki Kojiro, qui vieille, à l’entrée du site, le sabre à la main. La déambulation est agrémentée d’une glace au goma gris pâle et d’une température clémente. Les allées, canaux et plantations de pivoines font du lieu un jardin où il fait bon flâner. L’arrivée dans la ville de Sera se fait sous une pluie battante. Perdue au pied des montagnes, la ville abrite un temple construit par Kukai. C’est un temple bouddhiste qui a adopté les attributs du shintoisme, corde tressée, Tori et cordelette délimitant l’enceinte sacrée. Cette fois encore, la pluie convient au lieu. Les toits luisants, l’odeur des feuilles, les sonorités qui s’accordent avec la rivière en font un lieu propice à la méditation.
Vendredi. Dernier jour à Nara, sous un soleil radieux qui ne nous a pas quitté depuis notre arrivée à Kyoto, Mardi.
Vendredi. Yagyu. Après la visite au pavillon Nigatsudo, qui surplombe la ville de Nara, nous arrivons à Yagyu, où nous accueille une jeune femme de quatre vingt deux ans, Miekosan, ou plutôt, a-t-on envie d’écrire, Miekosama, la princesse Mieko. Elle apparaît en sweat et pantalon, droite, sans raideur, alerte, sans précipitation. Elle avance, prend congé, réapparait dans une autre pièce, disparaît à nouveau pour ressurgir presque aussitôt chargée de gâteaux, souriante, bienveillante. Un récit pourrait faire d’elle une ninja, capable de se transporter d’un lieu à l’autre sans délai et sans bruit. Si on la regarde faire, on réalise que seule la simplicité explique cette célérité. Miekosan est sans hésitation, ni tergiversation, ni rumination, pleinement dans l’acte. Dernière héritière de la famille Yagyu, elle nous conduit au cimetière familial où dix sept générations de sabreurs, enseignants des Shogun, sont enterrés. Autour, la forêt de cyprès est dense et claire et sur le sentier qui la traverse, l’on imagine Toshiro Mifune gambadant dans Rashomon, et la procession des hommes qui marchent sur la queue du tigre accompagnant le seigneur Minamoto Yoshitsune. Les cyprès, comme les bambous, s’élancent droits et le regard s’élève avec eux jusqu’aux sommets. Ici, le regard n’embrasse pas l’espace, il est mené par lui, orienté, toujours vers le haut ou vers le lointain. Dans le cimetière, chacun s’incline devant les tombes, celle de Yagyu Munenori, celle du doué et rebelle Yagyu Jubei. Auparavant, Miekosan a guidé la visite de la maison de la famille. Son timbre mesuré participe de l’équilibre du lieu, des pièces en tatami donnant sur les shôji largement ouverts sur le jardin et sur un érable déployé. Facétieuse, Miekosan nous devance, ressurgit face à nous dans l’ouverture d’un shôji, nous incitant à regarder au loin, en traversant tous les plans, au delà de l’estrade qui circonscrit l’édifice, comme dans les temples, au delà de la pièce, de la végétation du jardin. Ce n’est pas, dans cette maison comme dans l’hospice de Barberousse, une profondeur de champ qui ordonne la vision, mais une profondeur dans le champ qui porte la vue au loin, encourageant une circulation du regard que rien ne puisse arrêter ni fixer. Un sentier nous conduit au dojo. Le plancher est sombre et lisse, surélevé et séparé des tatamis disposés tout autour. Dans ce lieu, le silence est inouï, composé de tous les bruits environnants. La voix de Mieko si douce, les trois notes de l’uguisu qui résonnent, espacés, font parti du silence. Ce n’est pas un endroit propice à la méditation, c’est un endroit fait pour elle. Toute agitation est suspendue, la colonne se redresse, laissant la respiration libre et apaisée. L’uguisu, méconnaissable en ville, retrouve ici la pureté de ses modulations, comme à Koya, comme au Kongôfukuji, à la pointe de l’Ile Shikoku. Comme dans l’hospice de Barberousse, à l’écart des bavardages et du bruit. Nous quittons, toujours à regret, le dojo, pour emprunter un sentier de montagne sous une lumière qui tombe en pluie entre les troncs droits et serrés. Un temple shintô invite au rituel, bruit de l’eau sur les mains, sur le manche, salut profond, frappes. Le Tengu nous attend sous une roche. La statue est petite, pleine de fureur et de dérision.
Trois jours avant. Nos souvenirs de voyage seront décidément singuliers, faits d’impressions. Le poids du gisant en pierre, sur le site de Sera, soulevé à bout de bras pour conjurer le sort et alléger du souci, reste inscrit dans le corps. La visite au temple Todaiji de Nara le confirme : si le tourisme de masse dérange, ce n’est pas parce qu’il empêche la vue : quelle foule pourrait barrer la vue du grand bouddha ? C’est parce qu’il interdit, par trop de bruit et d’agitation, toute sensation, Le tourisme ne laisse que la vue et empêche ainsi la mémoire. Le visiteur est un voyeur qui prend des photographies par défaut de mémoire. Notre voyage est fait d’impressions et de personnages : le yakuza arrogant et permanenté qui organise la circulation à Kyoto est sorti d’un film de Lautner, la serveuse du ryokan qui s’avance à petits pas et s’agenouille devant chaque convive est Masae, apportant à Yasumoto le kimono rapiécé, la Kanjosan de Kurama au visage radieux de quatre vingt quinze ans et au rire juvénile est la jeune fille-grand mère du Château Ambulant, arc-boutée à son ombrelle contre le vent sur la colline de Miyasaki. Les buddhas sont des personnages, moines expressifs amassés aux bords du Kongôfukuji, Fudomyo en colère, Bichamonten cambré ou la Kanon du petit musée de Kurama, vierge rayonnante et pleine de grâce.
Jeudi. Kurama. Sur le route de Kyoto à Nara. Berceau des arts martiaux, Kurama est encore un lieu légendaire. Minamoto Yoshitsune, le seigneur escorté du film de Kurosawa, y reçoit l’enseignement du Tengu. Son effigie, celle du Tengu, celle du tigre auquel le temple est consacré se mêlent. Une fois encore, le site naturel est d’une grande beauté, à flanc de montagne, dans la forêt drue et aérée et toujours odorante. Des rangées de lanternes délimitent le sentier qui mène au temple. Dans une pièce, le jeune grand-mère de Miyasaki et son rire en cascade reçoit le Maître et son épouse pour les préparatifs d’un mariage shintô. Quelques cerisiers encore en fleurs éclairent le lieu. Une fleur, dans l’eau du thé, ajoute à l’instant son délice.
Mardi et Mercredi. Deux jours avant Kurama. Kyoto. Devant nous, en contrebas, un chef aux boucles d’oreille s’active à la préparation du repas. Des poissons entiers deviennent sous son couteau filets, puis sashimi, des nappes en lattes de bambous enroulent les omelettes en tubes tronçonnés à leur tour. Chaque geste est précis et scandé par le souffle dont l’expiration marque chaque étape des préparatifs. Après les paons et les papillons peints sur des portes en bois sombre, la visite du temple dédié à Inari nous fait grimper encore la montagne. Cette fois, des milliers de Tori se succèdent en rang serré, formant un long couloir qui serpente sans fin entre les arbres. Les montants prennent sous le soleil des teintes variées, jaune, orangé, rouge. Pour interrompre la procession, des boutiques de charmes proposent des protections qui assurent santé, amour, réussite et même qui conjurent les maux de têtes. Des autels privés ornés de la bannière de la famille sont dressés pour Inari la renarde dont les statues encadrent l’entrée. Un lac, ménagé entre les arbres, fait oublier un temps la fréquentation du lieu et restaure un peu le calme des temples. Les deux soirées sont mises à disposition pour flâner dans la ville. Le mercredi est consacré à la visite des hauts lieux de la Butokukai. Dans un dojo un cours de kendo a lieu, dans un autre, du tir à l’arc. Des coussins sur les tatamis accueillent les visiteurs. La concentration des pratiquants de tous âges est impressionnante. Les cibles sont très éloignées et aucune flèche ne les atteint. Mais l’enjeu n’est pas là. Les déplacements sont précis, et les gestes s’ordonnent sans écart et sans variation. Les doigts se placent sur la corde, placent la flèche. Le buste en extension est aussi puissant que l’arc tendu dans l’instant qui précède le lâcher. L’immobilité est parfaite et communicative et nous ressortons de la séance, concentrés. La promenade dans le jardin du site où le dojo est implanté nous remet en mouvement sans interrompre notre immobilité. Les plantations s’organisent le long des canaux et le parfum d’une glycine blanche supportée par une treille accompagne la traversée d’un plan d’eau sur les pierres plates qui forment un chemin. C’est encore un lieu difficile à quitter, comme tous les autres. Il faut s’y résoudre : les paysages, comme les repas, offrent une harmonie qu’il faut saisir au vol. C’est une beauté éphémère qu’on ne peut espérer voir durer mais dont on sait, avec certitude, qu’elle se renouvellera sous des formes variées. Le nouveau temple offert par l’empereur est l’une d’elle. Il sent bon le bois neuf et sa terrasse en bois blanc surplombe la ville.
Le repas délicat par lequel s’achève notre voyage en est une autre, au Nara Hôtel. Trois saké l’accompagnent, dont l’un porte le doux nom  d’« ailes du Japon » commandé en son temps par le gouvernement japonais pour la venue de Clinton et désormais très rare. Parfum de pèche de vigne, acidulé. Le repas, servi dans un salon particulier, sera apaisé. Chaque plat est une composition. Des tranches de radis sont coupés en corolle, diversement colorées, le tofu est laiteux, les algues, noires. Les images manquent, tant les compositions sont complexes, mais heureusement le palais se souvient : du croquant des légumes trempés dans le vinaigre doux, du feuilleté des algues plates, du fondant des poissons grillés, de la viande juteuse de canard, du craquant des tempuras de légumes et de viandes, de la mollesse onctueuse du tofu associé aux œuf de poissons qui éclatent sous la dent, de l’odeur boisée de la soupe miso. Et la mémoire revient par ce biais. La tranche d’orange, de kiwi, fait saliver à nouveau, adoucie par la saveur sucrée du gâteau roulé au macha. Le voyage se termine par un enseignement : omote nashi nous dit le Maitre. Nulle apparence, partout la profondeur. Aucune feinte, même dans les signes de politesse les plus codifiés. Aucune feinte ou faire semblant dans ces visages qui marqueront nos esprits, celui du moine de Koya, celui de la Kanjosan, celui de Mieko, à Yagyu.
Sous les images et sous les signes, nous garderons la mémoire des choses,  saisies, sans agitation, dans leur manifestation silencieuse.

Ethique de la respiration dans Barberousse, d’Akira Kurosawa

5 juillet 2017

Habituellement, quand le cinéma nous fait signe, il encourage le déplacement : le sens excède l’image car il naît du réseau qu’elle constitue avec d’autres dans l’interprétation. Le sens est la doublure invisible qui étoffe le visible, et l’horizon qui le prolonge et le ramifie. Citant le formule de Godard, « le cinéma, c’est ça, le présent n’y existe jamais, sauf dans les mauvais films », Deleuze renchérit : « Il appartient au cinéma de saisir ce passé et ce futur qui coexistent avec l’image présente » et « sans lesquels il ne passerait pas lui-même » (Image-Temps, Edit de Minuit, p. 55). La vision est toujours débordée et relayée par la pensée synthétique. Le spectateur construit le film en même temps qu’il le regarde et il transforme celui-ci en représentation.
La concentration est le contraire du débordement. Il n’y a pas plus d’arrière-pensée dans la concentration qu’il n’y a d’arrière plan dans la manifestation sur laquelle elle pose l’attention.
Dans le film de Kurosawa, l’image a cette dimension phénoménale, sans arrière monde. Elle surgit et rend sensible le principe qui l’anime, l’énergie ou le souffle, ki, dont elle procède sans jamais l’épuiser. Ainsi, l’image ne rassemble pas des indices qui nous mèneraient au-delà de l’image, vers une totalité signifiante à laquelle la raccorder. Elle n’est pas présente par défaut, sans horizon et sans âme. Au contraire, elle se rend présente par la respiration qui en rythme le déploiement.

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