En entrant dans l’unique salle consacrée à l’exposition, une question s’impose : une œuvre trouve-t-elle toujours sa place dans un musée ?
L’œuvre d’Éva Jospin a l’allure d’une cité engloutie. Le carton en feuillets compressés élève des édifices solides comme de rocs, et friables comme des roches de schiste. Une mer imaginaire en se retirant a creusé des grottes et laissé, incrustés, des coquillages encore brillants d’écume. L’on se prend à voyager du côté des temples d’Angkor, quand une végétation, ici factice, mêle ses troncs aux colonnes et son feuillage prolifère aux murs éventrés.
Et pourtant, les chapelles, les forêts ou les ponts mériteraient d’avoir chacun leur espace. Une ruine vit de solitude, de ciel lourd et de bord de falaise.
En les amassant, le musée met en valeur la prouesse technique dont l’œuvre est née mais il met sa poésie au défi de trouver le vide dont sa respiration a pourtant besoin.