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Sylvie Lopez-Jacob

Exercices philosophiques

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Où vont les ballons qui s’envolent?

12 novembre 2023

Le ballon gonflable n’est pas pour l’enfant un jouet comme les autres. Quand l’enfant le lâche, le jouet tombe et se brise. Quand l’enfant le lâche, le ballon s’échappe. C’est toujours un événement car ce départ, inopiné, est un aller sans retour. Le ballon n’est pas une bobine tenue par un fil comme le poisson par l’hameçon. Aucun moyen de le ramener quand il s’en va à la dérive. La perte d’un ballon est toujours un drame car elle ne laisse rien espérer.

C’est sans doute pour cela que l’on n’offre jamais un ballon à l’enfant. On lui en confie la garde, avec mille recommandations. Surtout tiens le bien ! Attention qu’il reste éloigné des surfaces anguleuses, des espaces trop étroits. Le moindre choc, la plus légère compression lui seraient fatals. Il faut non pas le manier avec précaution, car le ballon n’est pas de ceux qu’on manie, mais lui laisser du champ libre. Le ballon est fragile, comme la cruche que décrit Francis Ponge, et l’on doit procéder avec lui comme le danseur avec la danseuse, quand il évite de heurter les couples voisins.

Le ballon n’appartient pas au monde des choses, mais des êtres animés. Tenu en laisse, il s’agite, se traîne, et se laisser bercer par le vent. Il caracole, plus vif que l’enfant dont il devient le double indocile.

Mais s’il s’échappe, c’est pour monter tout droit et très haut. L’air dont il est gonflé nous entraîne à sa suite, dans des rêves d’envol et de liberté. Les yeux se lèvent vers son élévation et s’attachent à sa trajectoire aussi longtemps que possible. Notre âme aussi est aspirée, attirée par son ancienne patrie ou sa future destination. Le ballon est une âme en apesanteur.

Sur le dessin, des ballons, lâchés en foule, se bousculent et s’élèvent en nuée.

Quand il rêve aux songes liés à l’air, Bachelard observe qu’un ciel tout bleu a une profondeur sans limite qui nous invite à y plonger les yeux. Au contraire, nos rêves s’écrasent contre le plafond nuageux comme des mouches sur une vitre, ou un reflet sur la surface trop lisse du miroir.  Sur le dessin, c’est le cadre qui limite l’ascension et les formes qui continuent d’affluer, se transforment, compressées, au contact l’une de l’autre.

En revanche, l’on s’aperçoit qu’en bas du dessin, aucune ligne ne vient limiter l’amorce du trait. L’espace vierge est d’autant plus propice au mouvement qu’il est dénué de substance, comme l’air. Le mouvement se dessine dans l’air. Des quatre éléments naturels dans lesquels notre imaginaire prend sa source, l’air est sans doute le moins dense. Il est transparent comme l’eau, et le ciel est une coupe inversée.

Et si nous inversions l’inversion, en regardant le dessin à l’envers ? Après tout, un lac est aussi un ciel contenu.

S’il joue le jeu, le regard découvre alors un autre univers, plus caverneux, dans lequel s’entassent des silhouettes.  Il s’aperçoit surtout d’une anomalie qui, comme toujours, met la norme en lumière.

Car un monde mis dessus dessous est aussi étrange que celui qui prend pour fond la forme. C’est que l’œil, dessiné au premier plan, retient notre attention par sa figure imposée. Comment pourrait-il être cerné par sa paupière ? D’emblée, nos facultés s’organisent en se répartissant les tâches. Être un œil n’est pas à la portée de toutes les figures. Le concept mérite mieux qu’un agencement aléatoire. Il réclame la constitution de formes faciles à identifier.

Mis dessus dessous, le dessin tranche, impose une autre loi. Il libère la forme de la figure et l’imaginaire du concept. La figuration qui plaisait au penseur a laissé place à la figurabilité qui donne une étoffe à nos rêves.

La forme ne vaut alors que par le mouvement qu’elle suscite, c’est-à-dire le passage d’une forme à l’autre qui rend chacune évasive. Inversé, le dessin rend visible leur fuite vers le sommet resté ouvert comme un ciel. Dans ce flot, l’air et l’eau font alliance pour conjuguer leur force.

Le dessin ré-enchante les formes, mais l’altérité qui les habite n’est pas celle d’une transcendance qui les rendrait sacrées, mais celle d’un devenir autre auquel elles doivent la vie. La forme prolifère, multiple comme un visage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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