
Dans un roman insulaire, un lecteur entre toujours par effraction.
La terre, peuplée d’oiseaux et de mammifères marins, n’attend rien de lui.
Sur l’île de Shearwater, le lecteur n’accoste pas, il s’échoue, plongé dans le point de vue d’une noyée, juste rescapée. Mais aussitôt, le voici balloté d’un regard à l’autre, malmené par la divergence des visions, bientôt submergé par le poids des secrets.
Sur l’ile, des graines tiennent en réserve l’avenir du monde menacé par la montée des eaux. La hantise de la disparition y côtoie le souvenir des disparus dont personne ne parvient à faire le deuil.
Mais ce n’est ni le lieu, ni la tragédie qui s’y joue qui donnent au roman sa force, mais le ressac qui anime le récit. Le passé se dévoile à mesure que la terre disparait sous le déchainement des tempêtes. Falaises et cabanons s’effondrent tandis que se construisent les liens familiaux.
Dans ce monde en sursis, la mort qui rode donne son prix à la vie.